Intelligence artificielle & organisation
Utiliser l’IA sans perdre sa réflexion :
trouver le bon équilibre
Il y a quelques jours, j’ai eu une discussion avec une amie au sujet de l’intelligence artificielle.
Elle n’est pas simplement réticente, elle est plutôt défavorable à l’IA — pour ne pas dire complètement contre. Et quand elle m’explique pourquoi, je suis d’accord avec une partie de son explication.
Elle voit les mêmes formulations revenir partout, les mêmes idées, les mêmes images, les mêmes façons de présenter les choses. Cette impression que tout finit parfois par se ressembler parce qu’on a demandé à une intelligence artificielle de produire quelque chose, puis qu’on a utilisé directement ce qu’elle nous a donné.
Mon amie travaille actuellement sur son logo. Elle préfère réfléchir elle-même à son identité, prendre le temps de construire ce qu’elle veut, puis faire appel à une ou un professionnel pour finaliser le travail — même si cela représente un coût.
Cette discussion m’est restée en tête parce qu’elle m’a obligée à regarder ma propre façon d’utiliser l’IA. Cela fait maintenant environ un an que je travaille régulièrement avec elle et, sur certaines de ses critiques, je suis d’accord avec mon amie.
Enfin, oui mais non, parce que tout dépend finalement de la place qu’on décide de donner à l’IA.
En un an, ma manière de travailler avec l’IA a énormément évolué
Quand j’ai commencé à utiliser ChatGPT, je découvrais encore tout ce qu’il était possible de faire avec cet outil. Je posais une question, je lisais la réponse, puis j’en posais une autre. À ce moment-là, je prenais assez facilement ce que l’IA me répondait comme une réponse fiable.
J’ai aussi beaucoup échangé avec mon compagnon, qui est développeur informatique et utilise énormément l’IA dans son métier. Nos discussions m’ont amenée à questionner davantage ce que je lisais, à comprendre certaines limites de l’outil et, surtout, à changer ma façon de m’en servir.
Depuis, j’ai appris énormément de choses. Mais surtout, mon usage de l’IA a évolué.
Au début, j’étais surtout bluffée par cette possibilité d’obtenir une réponse immédiatement. Un texte, une explication, une idée, une structure, une méthode… J’ai même commencé à beaucoup moins utiliser Google pour certaines recherches : quand j’avais une question, mon premier réflexe devenait de la poser à l’IA.
Aujourd’hui, je ne l’utilise plus seulement pour obtenir une réponse. Je me demande davantage ce qu’elle peut réellement m’apporter dans mon travail, ce que j’ai intérêt à lui confier, et ce que je veux continuer à garder entre mes mains.
Et ce n’est pas la même chose.
Petit à petit, l’IA est donc passée pour moi d’un outil qui « donne des réponses » à un outil avec lequel je peux réfléchir.
Je veux que l’IA
m’aide à mieux penser
C’est probablement la phrase qui résume le mieux ma manière de voir les choses aujourd’hui.
Je réfléchis beaucoup, je parle, je questionne, j’analyse, je change d’avis, je reviens sur une idée, je la démonte, je la reconstruis autrement.
Je peux aussi passer beaucoup de temps à chercher le mot exact, la bonne formulation ou simplement à comprendre ce que je pense vraiment d’un sujet.
Et l’IA m’aide énormément dans ce travail-là. Je peux lui soumettre une idée, lui demander de la challenger, lui dire :
- « Non, je ne suis pas d’accord. »
- « Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire. »
- « Et si on regardait le problème autrement ? »
- « Cette phrase est trop lisse. »
- « Là, ça ne me ressemble pas. »
- « On s’est mal comprises. »
Et parfois, le simple fait de confronter ma pensée à une réponse différente m’aide à mieux comprendre ce que moi, j’ai envie de dire. C’est probablement l’un des usages de l’IA que je préfère, pas parce qu’elle pense pour moi, mais parce qu’elle me pousse parfois à préciser ma propre pensée.
Mais pour que cette collaboration reste utile, il y a une condition : continuer à garder mon regard critique.
Le piège,
c’est de croire l’IA trop vite
Une intelligence artificielle répond vite, parfois très vite, et souvent avec beaucoup d’assurance. La phrase est bien construite, l’explication paraît logique et tout semble cohérent. Alors on peut facilement se dire : « Ça doit être vrai » ou « Puisque l’IA me le dit, c’est probablement la bonne solution ».
C’est là que, pour moi, il faut rester vigilante.
Une réponse bien formulée n’est pas forcément une bonne réponse. Elle n’est pas forcément adaptée à ta situation, elle n’est pas forcément juste et, surtout, elle ne sait pas automatiquement ce que toi, tu veux.
Travailler avec l’IA demande de continuer à se poser des questions.
- Est-ce que cette réponse correspond à ma situation ?
- Est-ce que je suis réellement d’accord ?
- Est-ce que cette solution me ressemble ?
- Est-ce que je l’aurais acceptée de la même manière si elle venait d’une personne ?
- Est-ce que j’ai vérifié l’information ou la réponse ?
Parce que l’outil peut rapidement prendre beaucoup de place si on le laisse faire.
Ce que je fais, ce que je fais avec l’IA et ce que l’IA peut faire pour moi
Avant de confier une tâche à l’intelligence artificielle, j’essaie de savoir quelle place je veux lui donner. J’ai fini par distinguer trois niveaux très simples.
1. Ce que je fais moi-même
Ma vision, mes choix, mes valeurs, mon expérience, ce que je connais de mon activité et de mes clientes. Et, bien sûr, la décision finale. Ce sont les éléments que je veux garder de mon ressort.
2. Ce que je fais avec l’IA
Là, on travaille ensemble. Je peux lui soumettre une idée, chercher différentes pistes, remettre de l’ordre dans ma réflexion, comparer plusieurs possibilités, reformuler ou prendre du recul. C’est la partie où l’échange m’aide à avancer.
3. Ce que l’IA peut faire pour moi
Certaines tâches peuvent être préparées sans nécessiter toute mon attention : un premier jet, une synthèse, une organisation d’informations, une liste d’actions ou une première base de travail. Selon les outils utilisés, l’IA peut aussi intervenir dans des tâches liées à une boîte mail, un agenda ou d’autres éléments du quotidien.
Ce découpage m’aide simplement à garder une frontière claire : je sais ce que je garde, ce que je construis avec elle et ce que je peux lui laisser préparer.
Et ce n’est pas seulement une façon théorique de découper les choses. J’utilise aujourd’hui cette logique très concrètement.
Dans le cadre d’une formation, on m’a transmis un prompt que j’utilise pour certaines tâches précises. Je lui explique ce que je veux accomplir et, au lieu de réaliser directement toute la tâche, l’IA m’aide à la décomposer.
Certaines étapes sont pour moi : je dois choisir, décider, transmettre une information ou apporter mon regard. D’autres sont des étapes que nous pouvons travailler ensemble. Et enfin, certaines peuvent être préparées directement par l’IA sous forme de premier jet, de structure ou d’ébauche.
Ce que j’aime dans cette méthode, c’est que je sais toujours où j’interviens. Je ne délègue pas la tâche en bloc : je décide simplement, étape par étape, de la manière dont l’IA peut m’aider.
Et ça me permet d’avancer beaucoup plus sereinement.
Et dans ton activité,
où l’IA pourrait-elle vraiment t’aider ?
Tu n’as pas besoin d’utiliser l’IA partout pour tester cette façon de travailler. Tu peux simplement prendre une tâche qui revient régulièrement dans ton quotidien et te poser trois questions :
1. Qu’est-ce qui, dans cette tâche, a réellement besoin de moi ?
2. Qu’est-ce que je pourrais réfléchir ou construire avec l’IA ?
3. Qu’est-ce qu’elle pourrait simplement préparer pour moi ?
Ça peut être un mail, une publication, la synthèse de plusieurs notes, la préparation d’un rendez-vous ou simplement une tâche qui revient régulièrement et te prend plus d’énergie qu’elle ne devrait.
Ensuite, tu testes. Tu ajustes. Tu gardes ce qui t’aide et tu laisses de côté ce qui ne t’apporte rien.
L’objectif n’est pas de confier le plus de choses possible à l’IA.
C’est de savoir où elle peut réellement t’être utile.
L’humain, l’IA et les professionnels peuvent coexister
La discussion avec mon amie autour de son logo m’a aussi ramenée à une autre question : quelle place reste-t-il au travail humain lorsqu’un outil peut produire autant de choses ?
De son côté, elle a fait un choix très clair. Elle réfléchit elle-même à son identité puis souhaite confier la finalisation de son logo à une ou un professionnel, sans utiliser l’IA dans son propre processus de création. C’est important de le préciser, parce que c’est justement là que nos façons de voir les choses diffèrent.
Évidemment, cela ne dit rien de la manière dont cette personne travaillera elle-même. Elle utilisera peut-être l’IA, peut-être pas. Mais mon amie, elle, ne souhaite pas l’intégrer dans sa démarche.
Et finalement, je trouve intéressant que ces choix puissent coexister.
On peut décider de faire soi-même. On peut utiliser l’IA pour explorer ou préparer certaines choses. Et on peut faire appel à une ou un professionnel lorsque son expertise, son expérience et son regard apportent quelque chose que l’on recherche.
Pour moi, la vraie question n’est donc pas : « humain ou IA ? »
Elle est plutôt :
« À quel endroit l’IA m’apporte-t-elle réellement quelque chose,
et à quel endroit ai-je besoin d’un regard humain ? »
Cet article est lui-même le résultat de cette collaboration
Et finalement, cet article en est un bon exemple. L’idée n’est pas venue de l’intelligence artificielle, elle est née d’une discussion, de quelque chose qui m’a questionnée, d’une réflexion qui a continué à tourner dans ma tête après cette soirée.
J’ai ensuite utilisé l’IA pour travailler cette idée, la challenger, chercher les bons mots, structurer certaines parties et confronter mes idées. Et parfois aussi pour lui dire : « Non, là, ce n’est pas moi » ou « Ce n’est pas ce que j’essaie de dire ».
Cet article a donc été travaillé avec l’IA. Elle m’a aidée à structurer, questionner, reformuler et parfois à comprendre plus précisément ce que j’avais envie de dire.
Mais l’idée, le vécu, les désaccords, les choix et la version finale restent les miens.
C’est exactement le type de collaboration que je cherche aujourd’hui.
Travailler avec l’IA
mais consciemment
Depuis un an, je n’ai pas seulement appris à mieux utiliser l’intelligence artificielle. J’ai surtout appris à mieux définir la place que je veux lui donner.
Et cette place évoluera encore. Les outils avancent tellement vite que, dans six mois, ma façon de travailler avec eux aura probablement encore changé. Ce qui compte pour moi, ce n’est donc pas d’avoir trouvé une méthode définitive, mais de continuer à savoir pourquoi et comment je les utilise.
Aujourd’hui, je veux une IA qui m’aide à gagner du temps, à prendre du recul, à structurer mes idées ou à prendre en charge certaines tâches sur lesquelles je n’ai aucune raison de perdre mon temps ou mon énergie.
Mais ma vision reste la mienne, mes décisions restent les miennes et la responsabilité de ce que je produis reste la mienne.
Elle propose — je décide
C’est probablement là que se trouve mon équilibre aujourd’hui : utiliser l’IA comme un appui sans lui céder la place qui doit rester la mienne.
Et je crois qu’au fond, la question n’est pas de savoir s’il faut être pour ou contre l’intelligence artificielle. Elle est peut-être simplement de savoir quelle place nous choisissons de lui donner.
Alors, si tu l’utilises déjà dans ton activité, ou si tu commences seulement à t’y intéresser, ça vaut peut-être la peine de te poser cette question à ton tour :
Quelle place ai-je envie de donner à l’IA dans mon activité — et quelle place ai-je envie de garder pour moi ?

